humains “+” vs humains“-”
Hitler n’est pas le pire homme que la Terre ait jamais porté (ça commence bien hein?)
Le nom de cette personne est bien souvent utilisé comme une sorte de baromètre des pires atrocités qu’un humain pourrait faire. Je refuse ce paradigme, parce que c’est de la rhétorique de floutage.
Utiliser des tournures comme “pire qu’Hitler” ou autre, c’est insinuer que le bonhomme aurait commit toutes les horreurs que l’on connait et celles que l’on ne connaît pas, tout seul, à l’aide de ses connaissances et de ses petites mains.
En parlant des horreurs qu’on connaît peu, saviez-vous que les premiers camps de concentration et d’extermination ont été “testés” en Namibie dans l’indifférence européenne la plus totale?
A l’école quand on parle de ces camps, c’est uniquement ou très majoritairement en référence à leur utilisation à l’encontre des personnes juives.
Pourtant, des années avant, les autorités Namibiennes et d’autres pays africains avaient alerté sur ces camps. Un an. Les européens on lu le courrier et l’ont ignoré pendant une année, année pendant laquelle les massacres ont continué, on parle d’au moins 75000 tués.
Pour en savoir plus sur cet épisode pas si lointain de l’Histoire de l’humanité, je vous renvoie au livre noirs dans les camps Nazi de Serge Bilé.
“ouais c’est beaucoup mais tu sais, la Shoah c’est 6 millions de morts”. On arrête ici l"‘hypocrisie.
C’est pas le nombre de morts qui crée l’empathie, c’est le taux de mélanine.
Si les massacres perpétuées en Namibie au début des années 1900, bien avant les deux Guerres Mondiales et l’holocauste, malgré l’usage de techniques d’extermination inédites (les camps, le gaz) ne sont que très peu connus, ce n’est pas parce qu’il y avait moins de victimes, mais simplement parce que les victimes n’étaient pas digne d’empathie. C’est ce que j’appelle la théorie des humains plus et des humains moins.
L’Europe, s’est construite sur le pillage, l’expropriation, la mise en esclavages et l’extermination de plusieurs peuples à travers le monde. Et si ces actions ont pu voir et continuent de voir le jour, c’est bien parce que d’une certaine manière les gens ont été conditionnés à ne pas s’en insurger. Et comment tu fais pour qu’un humain ne s’insurge pas quand un autre est massacré? Tu créés une hiérarchie fictive, légitimant tes actions. Ainsi les instances au pouvoir agissent en quasi impunité parce que “personne ne dit rien”. C’est la passivité et la permissivité des témoins qui font que des peuples entiers se font décimer pendant que d’autres détournent le regard. Ce sont ces mêmes mécanismes qui font qu’on peut voir plus de mobilisation et d’émotion pour un bâtiment qui crame (coucou Notre-Dame) que pour des femmes et des enfants qui se font brûler vifs. Et dans le personne ne dit rien, je m’inclus.
J’ai grandi en France, un pays bien fondé sur l’oppression des autres et qui ne sait pas se construire et se maintenir autrement. Je suis allée à l’école où l’on m’a appris des versions tronquées de l’Histoire, et j’ai vu des reportages à la télé où le vocabulaire utilisé me menait à croire que moi, en tant que française dans un pays civilisé j’étais bien plus intelligente et j’avais bien plus de valeur que des pauvres femmes opprimées du Moyen-Orient ou des enfants soldat des pays d’Afrique là bas.
Bien sûr, j’ai pensé que j’étais plus à même de comprendre les situations politiques de pays dans lesquels j’avais jamais mis les pieds et que je savais à peine placer sur une carte. Bien sûr j’ai pensé que les populations sur place avaient besoin qu’on aille leur ouvrir les yeux sur leurs réalité.
MDR en tant que qui ma belle?
Le fait est que j’étais persuadée que le simple fait d’être une occidentale me donnait un ascendant au moins intellectuel sur les humains moins du tiers monde sous développé.
Evidemment c’était pas conscientisé. Et si aujourd’hui cette pensée à été chassée de mon esprit, je suis persuadée que je peux parfois me placer avec un regard supérieur malgré moi sur quelques situations. Et c’est pareil pour un grand nombre d’entre nous.
Qu’est ce qui fait de nous des humains plus ou des humains moins?
La façon dont on est désigné.
Il y a selon moi, deux catégories d’humains moins. Ceux dont on ne parle pas et qui n’existent pas à nos yeux, et ceux dont on parle avec mépris et qui donc, d’une certaine manière, méritent bien ce qui peut leur arriver. Les immigrés, islamistes, les pauvres, les arabes et autres OQTF sont non seulement des humains moins mais en plus ils embêtent. Donc s’il leur arrive malheur, c’est peut être pas plus mal.
Si vous regardez encore le journal télévisé (déjà pourquoi?), je vous invite à noter la différence du vocabulaire selon que l’on cherche à vous faire éprouver de la sympathie et de l’empathie pour la personne décrite ou pas. Ça marche aussi avec un article de presse écrite ou un sujet de radio.
Je vais prendre deux affaires assez similaires : les accidents de voiture causés par Pierre Palmade et Koba la D, tous deux sous l’emprise de stupéfiants. Voici les photos que France Info a choisi pour illustrer les articles couvrant ces deux affaires :
On remarquera que le pauvre Pierre Palmade a l’air épuisé et plein de remords sous le regard inquiet de son avocat, tandis que l’on montre un Koba la D plein d’énergie lors d’un concert, au visage plutôt fermé et pointant un doigt menaçant et accusateur.
Je vous laisse juger de la différence de longueur et points abordés dans les deux articles en cliquant sur le nom des artistes.
Je vous invite également à compter le nombre d’articles consacrés à chacune des deux affaires.
Quand on est un humain moins, on est moins médiatisé et quand on l’est c’est pas pour provoquer de l’empathie à notre égard.
Ok, j’ai pris deux personnalités, et être connu ça fait de toi un humain privilégié. Mais même dans les humains + il y a des sous catégories et un jeune rappeur noir, ça reste un humain - face à un humoriste cinquantenaire blanc.
Les objets inanimés et les bâtiments ont plus de valeur que les humains moins
J’ai fait un clin d’oeil à l’incendie de Notre-Dame un peu plus haut. Et pour cause : c’est le traitement de cet événement qui m’a fait prendre conscience de cette catégorisation des humains.
J’étais stupéfaite.
Il faut savoir que l’incendie s’est produit pendant que je dormais. Alors, quand je me suis réveillée en voyant un grand bâtiment en feu à la tv et avec des appels manqués et des messages de potes qui me disaient remettre en question leur vie après ce qui s’était passé (oui,oui) j’ai cru que le feu s’était déclaré pendant la messe et qu’on était sur un bilan de victimes affolant. Ce n’est qu’au bout de quelques heures que j’ai compris que personne n’était mort.
J’étais dépassée. Je voyais les messages affligés, les propositions de cagnottes, les larmes. Ca me semblait tellement démesuré pour un incendie qui n’a même pas détruit la bâtisse. Je veux dire la cathédrale est là elle va bien, y’avait rien d’irrattrapable.
Je m’étais demandé : Est-ce que c’est parce que c’est géographiquement plus proche que l’on éprouve plus d’empathie ?
La réponse est : pas du tout. Parce que les gens qui dorment à tous les coins de rue n’ont jamais bénéficié d’un tel traitement médiatique.
Juste pour vous rappeler l’envergure de la chose : il y a eu un partenariat avec la Française des Jeux pour créer un loto du patrimoine. Il y a eu des campagnes de financement et des dons dans tous les sens pour remettre 3 ou 4 briques pendant que sur le parvis des personne sans abris meurent de froid chaque hiver. Ca va dans vos têtes?
Mais vous voyez, le SDF devant Notre-Dame, s’il avait travaillé qu’il avait fait les bons choix de vie, il n’en serait pas là. Alors que quand y’a un bout de cathédrale qui brûle c’est tout le peuple français qui est ébranlé, c’est notre patrimoine commun. Les autres là qui dorment par terre ils n’avaient qu’a travailler aussi dur que nous. De la même manière que les gens qui se font bombarder n’avaient qu’à mieux choisir leur dirigeants. Ou simplement déménager si c’est si terrible. Les humains “moins que nous” ont quand même bien l’air de se complaire dans leurs pseudo situations tragiques alors que nous, les humains “un peu plus”, on a quand même fait le nécessaire pour en arriver là où nous en sommes. Bah oui, ma petite dame, c’est facile pour personne hein.
Si j’ai commencé cet article en parlant du régime nazi, du colonialisme et de l’impérialisme de l’Europe, ce n’était pas pour enfoncer des portes déjà ouvertes. Car si ces événements et ces périodes de l’Histoire ont été ce qu’elles ont été, c’est parce que dans un premier temps on a créé des catégories d’humains, de manière plus ou moins explicite, pour justifier les actions menées à l’encontre des catégories les plus “basses”. Et c’est l’inaction et le manque d’empathie des humains “ un peu plus que ceux qui se font massacrer” qui permettent à ces régimes de continuer en toute impunité. Ce n’est pas l’oeuvre d’un grand méchant ou d’un petit groupe, c’est le résultat d’un concensus qui ne dit pas son nom. Celui que certaines vies valent moins que d’autres, sans aucun fondement.
Maintenir cette illusion de différentes catégories d’humain arrange bien les systèmes capitalistes. En effet, ceux-ci se nourrissent de l’individualisme et prospèrent du fait que l’on croit qu’en se centrant sur nous, on pourra entrer ou se maintenir dans la catégorie des humains +, ceux dont la vie est aisée car ils l’ont mérité. Pour que ce système puisse croître, il a besoin que vous vous sentiez supérieurs à certaines personnes et que vous aspiriez à égaler d’autres qui seraient des humains encore +. Mais ça on en parlera une prochaine fois.